Stephen Harper lors d'une conférence de presse mardi à Winnipeg. LA PRESSE CANADIENNE /Tom Hanson
MONTREAL - Le thème s'est imposé par la force des choses lors des deux débats télévisés et, vendredi, c'est encore l'économie qui préoccupait les chefs, alors qu'ils reprenaient la route pour un dernier droit avant le scrutin dans 10 jours.
Et encore une fois, le chef conservateur Stephen Harper s'est transformé en cible pour tous ses adversaires qui l'accusent de se croiser les bras au lieu de se mettre à l'ouvrage pour tenter de stopper le ralentissement et prévenir les turbulences.
Devant la Chambre de commerce de Montréal, le chef libéral Stéphane Dion a insisté pour dire que l'approche de "laissez-faire" de son adversaire conservateur serait néfaste pour le Canada.
"Avec Stephen Harper, c'est la passivité. Ne rien faire n'est pas une option", a-t-il soutenu, rappelant que M. Harper n'a toujours pas présenté de plateforme complète ou de plan pour faire face au défi économique.
C'est aussi le message qu'a martelé le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jack Layton, lui aussi en campagne à Montréal. Il a accusé le chef conservateur de ne pas se soucier du sort des secteurs manufacturier et forestier, ainsi que des employés de ces industries.
"La crise financière est devenue économique. On le sait ici au Québec et dans le centre du Canada, où on a perdu 400 000 emplois dans les secteurs manufacturier et forestier. Ces nouvelles ne sont pas vraiment des nouvelles pour plusieurs Canadiens. Mais il me semble que M. Harper ne comprend pas les effets de perdre un emploi", a déclaré M. Layton.
Comme il le soutient depuis des jours maintenant, le chef conservateur Stephen Harper s'est fait un devoir de rappeler que le Canada ne traverse pas une crise financière comme celle que connaissent les Etats-Unis. Il n'y a donc aucune raison de paniquer et de proposer des plans de sauvetage tous les jours, a-t-il argué, dans une sortie visant son adversaire libéral.
Pendant les débats télévisés des chefs, Stéphane Dion a présenté un plan d'action qu'un gouvernement libéral mettrait en oeuvre dans les 30 premiers jours suivant l'élection, afin de faire face au ralentissement économique et au climat morose qui semble vouloir s'installer. Le chef conservateur avait dénigré ce plan, accusant M. Dion de céder à la panique.
"Si nous ne paniquons pas, que nous restons sur la bonne voie et que nous continuons à agir selon nos moyens, nous sortirons de cela aussi forts qu'avant", a lancé vendredi M. Harper, en point de presse à Saint-Jean, au Nouveau Brunswick.
Avec 10 jours de campagne avant le scrutin, il est devenu évident que l'économie sera le sujet au centre de l'affrontement. Et le rôle que devrait jouer le prochain gouvernement fédéral pour tenter de résorber les effets de la crise financière, ou du moins les amoindrir, risque d'occuper les chefs.
De son côté, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a décidé de consacrer une journée de campagne pour se rendre à Toronto, où il a appelé les électeurs du Canada à tourner le dos à M. Harper.
"Le chef conservateur ne cesse de répéter qu'il est le leader désigné pour gouverner le Canada durant cette période de tourmente économique. Moi, je dis que ce n'est pas le cas. Nous ne pouvons pas nous permettre de donner un chèque en blanc à Stephen Harper", a dit M. Duceppe, qui a fait le voyage à Toronto en compagnie de l'ancien premier ministre péquiste Bernard Landry.
M. Duceppe a également profité de la tribune torontoise pour dénoncer les compressions des conservateurs en culture. A cet égard, il a reçu les félicitations de l'écrivaine Margaret Atwood, qui était assise à la table d'honneur.
La romancière à succès et récipiendaire de nombreux prix a confié qu'elle n'hésiterait pas un instant à voter pour le Bloc si elle vivait au Québec.
"Absolument" et "sans le moindre doute", elle a dit espérer que le Bloc remporte suffisamment de sièges au Québec pour priver Stephen Harper d'un gouvernement majoritaire.
Par ailleurs, s'ils sont sur la même longueur d'ondes quand vient le temps de dénoncer "l'inaction" du chef conservateur, là s'arrête la bonne entente entre Jack Layton et Stéphane Dion qui, plus à gauche sur l'échiquier politique, doivent courtiser les mêmes électeurs.
Vendredi, M. Dion a d'ailleurs invité les "progressistes" à ne pas fractionner le vote.
Lors des débats télévisés, M. Layton a durement attaqué le chef libéral, sachant très bien qu'il ne doit pas baisser la garde s'il ne veut pas voir ses appuis glisser lentement vers les libéraux au fur et à mesure que la date du scrutin approche.
C'est ce qui s'est produit lors de l'élection de 2004 et celle de 2006, alors que plusieurs électeurs choisissaient d'exercer un vote stratégique et fuyaient les rangs du NPD pour ceux des libéraux dans l'espoir de bloquer l'élection des conservateurs.
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