Encore peu répandues au Québec, les toitures végétales se multiplient à la faveur d'une expertise naissante qui fait appel à des produits étanches, bien drainés et antiracinaires.
Avoir un jardin au-dessus de la tête
Qui a dit que la verdure était absente du milieu urbain? Il est vrai que les espaces terrestres réservés à l'aménagement d'un jardin, d'un potager ou d'un parc sont plus restreints en ville qu'à la campagne. Alors, pourquoi ne pas utiliser le toit des édifices pour mettre une touche de vert au décor?
Le principe de la toiture végétale est de recouvrir de verdure un toit plat ou dont les versants sont à faible pente. De plus en plus, il s'agit d'une caractéristique architecturale propre à un bâtiment durable. On note de nombreuses expériences positives dans des pays européens comme l'Allemagne, la Hollande, la Suisse ou les pays scandinaves.
Le Canada et le Québec n'en sont quant à eux qu'à leurs premiers balbutiements. Ainsi, on note seulement une vingtaine de projets commerciaux et résidentiels incluant des toits végétaux au Québec, mais les produits et l'expertise sont maintenant disponibles. Il y aurait également, parmi les bébé-boumeurs, une certaine popularité des toits-jardins, sortes de prés fleuris pour condominium ou appartement de ville.
À Québec même, on peut observer les résultats obtenus d'une telle expérience sur quelques toitures, dont celle de l'Arboretum du Domaine Maizerets. C'est aussi le cas pour le toit du centre Frédérick-Back Culture et Environnement situé au 870, de Salaberry. On y retrouve entre autres les organismes Vivre en Ville et les Amis de la Terre. «Le bâtiment qui est une ancienne école comporte deux bâtiments, dont l'un en bois datant de 1915 et l'autre en béton datant de 1930, explique le président-directeur général du Centre de l'environnement, Alexandre Turgeon. Il a fallu construire une annexe pour faire la jonction entre les deux bâtiments et nous avons profité de l'occasion pour aménager une toiture végétale».
Caractéristiques techniques
Le toit vert doit évidemment reposer sur une structure portante solide. Celui-ci doit être pourvu d'une membrane d'étanchéité, d'une couche de drainage et de filtration, d'un substrat de croissance, puis d'une couche végétale. Le système actuel pèse environ 19 livres au pied carré, charge que la structure la plus ancienne du Centre ne pouvait supporter. Il a donc fallu tester un nouveau concept utilisant un seul matériau géotextile répondant aux critères d'étanchéité ainsi que de drainage et qui soit antiracinaire.
«Notre objectif est de faire la démonstration que la technique est pratiquement applicable partout», plaide M. Turgeon. Pour ce qui est de la partie agrandie, la structure permet de soutenir une charge pouvant aller jusqu'à 120 livres le pied carré, favorisant même l'aménagement d'arbres.
Avantages
Outre les bienfaits sur l'environnement visuel et sur l'écologie, il existe aussi des avantages pour les propriétaires d'immeubles. Ainsi, l'efficacité énergétique du bâtiment sera accrue puisque les toitures végétales améliorent l'isolation des bâtiments contre le froid en hiver et surtout la chaleur en été. «La chaleur n'est pas emprisonnée dans le toit végétal comme elle l'est dans le béton ou le bitume», précise M. Turgeon.
«En milieu industriel, où l'on fait appel abondamment à la climatisation, il serait même possible de faire des économies énergétiques de l'ordre de 25 % à 30 % par année», poursuit ce dernier. De plus, la durée de vie de la toiture sera prolongée et les eaux de ruissellement seront moins importantes puisqu'absorbées par le toit. Les toitures végétales offrent également une excellente isolation phonique, car elles absorbent les ondes sonores et font diminuer les bruits de l'environnement urbain.