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Le Journal de l'Habitation
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Miser sur la fraîcheur de la paille et du crépi

Article mis en ligne le 31 octobre 2008 à 7:30
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Miser sur la fraîcheur de la paille et du crépi
La maison solaire passive se caractérise par une fenestration abondante orientée vers le sud, pour bénéficier de la chaleur gratuite du soleil en hiver. Ses larges rebords de toit la protègent des rayons ardents en été.
Miser sur la fraîcheur de la paille et du crépi
Si le défi est énorme dans nos villes humides pavées de bitume et de béton, à la campagne, on peut facilement se passer de climatisation en construisant une maison qui possède une bonne conception solaire passive, affirme l’ancien président d'Archibio5, l’ingénieur Marc Chabot.
Il y a quelques années, sa conjointe, Sylvie Plaire, et lui ont construit eux-mêmes une telle maison à Sainte-Catherine-de-Hatley, en Estrie. Cette résidence est isolée aux ballots de paille et dotée au sud d’une généreuse fenestration, pour le chauffage solaire hivernal, tout en étant protégée par diverses formes d’ombrage durant l’été.

«L’important, c’est de fermer les fenêtres et les rideaux le jour et d’avoir un bon débord de toit au sud, pour empêcher le soleil d’entrer, explique Marc Chabot. Chez nous, nous ressentons de l’inconfort à cause de la chaleur uniquement une ou deux nuits par été. Même durant la pire des canicules, il fait toujours plus frais à l’intérieur que dehors.»

Chaque face des ballots, qui font 14 pouces d’épaisseur, est recouverte de deux pouces de crépi (4 portions de paille, deux de sable et une d’argile) et de 5 à 10 millimètres d’enduit de chaux aérienne. Ces finis ont été appliqués par Sylvie, artisane de son métier, et par une équipe de bénévoles qu’elle a formés. «L'argile et la chaux sont de puissantes régulatrices d'humidité dont elles absorbent les surplus et les restituent quand l’air intérieur est plus sec», explique Sylvie sur son site Internet.

Un tel mur de 18 pouces d’épaisseur a une résistance thermique effective de R-28, comparativement à R-14 pour un mur en 2 x 6 isolé à la laine de verre (dont on amplifie l'efficacité à R-19, d’après une étude publiée par la Société canadienne d’hypothèques et de logement). De plus, l’inertie thermique du crépi permet, en ouvrant les fenêtres les nuits d'été, d’y stocker la fraîcheur et de la laisser se dissiper au long de la journée suivante.

La dalle de béton de la maison Chabot-Plaire est recouverte de trois pouces d’argile et de 5 % de ciment, pour accélérer la prise. Chauffée à l’eau en hiver, cette masse rafraîchit et déshumidifie la maison en été.
Confort intérieur
L’architecte Isabelle Gauthier, qui a également conçu une maison semblable pour sa famille en Estrie, est formelle : «nous n'avons jamais trop chaud. Les murs très bien isolés, la dalle sur sol de béton qui reste frais, le feuillage des arbres combiné à la hauteur du soleil estival, les avancées de toitures mesurant deux pieds, et la ventilation naturelle facilitée par des fenêtres ouvrantes bien alignées, sont autant de facteurs qui assurent le confort. Évidemment, nous sommes en pleine campagne. La forêt et le ruisseau qui rafraîchissent l'air sont d'autres facteurs positifs.»
Mme Gauthier concède que sa maison connaît parfois des surchauffes solaires, pendant environ deux semaines au printemps et deux semaines à l'automne, lors de certains après-midi particulièrement ensoleillés. «C’est un beau problème, dit-elle. Il y a toujours la possibilité d'ouvrir un peu une fenêtre pour remédier à la situation. Et, c’est une immense joie que de ressentir le soleil chaud sur la peau.»

Pour sa part, Radu Zmeureanu, professeur de génie du bâtiment et expert en efficacité énergétique à l’Université Concordia, se questionne. «Avons-nous vraiment besoin d'un système de climatisation dans nos maisons québécoises pour seulement quelques semaines par année? Ne pourrait-on pas éviter le coût et l’impact environnemental de l’achat, de l’installation, de l’utilisation, de l’entretien, et de la mise aux rebuts ou du recyclage des climatiseurs? Éviter aussi le risque de croissance bactérienne et fongique associé à la condensation et à l’eau stagnante que l’on retrouve dans ces appareils? De même que l’effet pervers des risques de fuites de gaz réfrigérants?» Ironiquement, ces derniers sont des gaz à effet de serre typiquement de 1 500 à 3 000 fois plus puissants que le dioxyde de carbone (CO2).

Il cite en exemple certains concepteurs français qui utilisent notamment la ventilation hybride (naturelle et mécanique) et le rafraîchissement par le plancher sans pompe à chaleur. Simplement en pompant un liquide vers un échangeur de chaleur enterré sous le plancher du sous-sol.
Pour plus d'information : zmeur@bcee.concordia.ca, www.archibio.qc.ca, www.sylvie-plaire.ca, isabellegauthier.arch@videotron.ca et www.cmhc-schl.gc.ca
Collaboration spéciale André Fauteux, éditeur du magazine La Maison du 21e siècle. Information: www.21esiecle.qc.ca

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