Le logement doit redevenir prioritaire
La récente journée nationale du déménagement, qui anime annuellement quelque 200 000 ménages au Québec le 1er juillet, ou quelques jours avant pour les plus chanceux qui peuvent intégrer plus tôt leur nouveau logis, aura à nouveau démontrer que la crise du logement est toujours omniprésente dans certains quartiers de Québec, sinon dans certaines catégories d'appartements, et qu'il y a lieu que les décideurs politiques s'intéressent de plus près à cette réalité.
À Québec, comme dans la plupart des grandes villes de la province, le taux d'inoccupation des logements locatifs oscille autour de 1 % seulement. Alors que les analystes économiques estiment que le taux d'équilibre souhaitable du marché devrait avoisiner les 3 % de vacance. Ce niveau permet au principe de l'offre et de la demande de jouer son rôle, tout en favorisant une certaine épuration voire un assainissement du paysage urbain. De fait, les taudis se trouvent laissés de côté, ce qui force leurs propriétaires à rénover.
Or, comme le constate le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), le taux d'inoccupation des logements familiaux de trois chambres et plus au Québec a chuté de 1,9 à 1,2 % depuis octobre 2006. Dans certaines régions métropolitaines et certains quartiers populaires, ce taux est parfois aussi faible que 0,5 %. En contrepartie, le taux de vacance des logements de luxe oscille autour de 4 à 7 %.
Si bien que, toujours selon l'organisme, une vingtaine de ménages à faible revenu ont frappé à la porte des groupes communautaires avant le 1er juillet à Québec, dont une dizaine qui auraient eu du mal à se dénicher un appartement correspondant à leurs attentes. On déplorait par ailleurs que la Ville n'ait pas rendu public son numéro d'urgence logement, comme par les années précédentes. Toutefois, au moment d'écrire ces lignes, on indiquait à la municipalité que la situation était rentrée dans l'ordre.
Certes, d'une part, on peut comprendre les associations de propriétaires d'immeubles locatifs de ne pas souhaiter l'instauration de nouvelles contraintes réglementaires, tel un Code du logement, sans que le gouvernement du Québec n’accepte de revoir sa politique de contrôle des loyers. En effet, la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) estime que, depuis des décennies, la rigidité de la Régie du logement prive ses membres des revenus nécessaires à l’entretien et à la rénovation du patrimoine bâti vieillissant de logements locatifs.
Le groupe d'intérêt illustre son propos en déplorant qu'un propriétaire qui investit 5 000 $ dans la rénovation d’un logement doit attendre… 28 ans avant de recouvrer cette somme sous forme d’augmentation de loyer. La politique de contrôle des loyers appliquée par la Régie du logement étant ce qu’elle est, ce propriétaire ne peut réclamer au locataire qu’environ 12 cents de plus par jour par tranche de 1 000 $ de travaux. Autre aberration de la politique de contrôle des loyers dénoncée par la CORPIQ, on accorde la même marge d'augmentation des loyers à un propriétaire qui n'améliore pas son immeuble. Tout un incitatif!
Mais, d'autre part, on doit aussi admettre que le FRAPRU avait parfaitement raison d'organiser une marche de protestation dans les rues de Québec, à l'aube du 400e anniversaire de la Capitale. Baptiser les 4 Sans (pour sans toit, sans droit, sans voix et sans le sou), cette manifestation qui a culminé par un vaste campement dans le parc de l'Amérique française avait pour but de dénoncer les milliards de dollars de surplus qui s'accumulent dans les coffres à Ottawa, alors qu'on ne se prive pas pour aller faire la guerre sous d'autres cieux pendant que la ville et la province de Québec n'ont aucune marge de manœuvre. Il est grand temps que le fédéral reprenne ses responsabilités en matière de logement social. Un état riche devrait se faire un devoir et une fierté de permettre à tous ses citoyens de dénicher un toit convenable…