Après les premiers constats bouleversants et les efforts d'entraide les plus urgents, l'heure à l'établissement d'une véritable générosité envers Haïti. Une fois le choc du séisme passé et alors que les sinistrés de ce pays malfamé qui semble oublié par la providence se comptent par millions, il y a lieu de porter un regard plus large sur les besoins de base nombreux à combler. Même s'il s'avère réconfortant de contribuer rapidement à l'aide monétaire et matérielle pour soigner les blessés et nourrir les survivants, l'évidence est que cet appui ponctuel ne suffira jamais pour réellement relever ces voisins des Amériques.
On a beau évoquer la force de caractère et la dignité du peuple haïtien éprouvé plus souvent qu'à son tour au fil des ans. Reste que ce n'est pas une poignée de dollars, quelques bouteilles d'eau et des couvertures chaudes qui vont lui assurer un avenir meilleur. Les bâtiments de la capitale Port-au-Prince sont en majorité détruits ou inhabitables et bon nombre de ses 3 millions d'occupants se retrouvent à la rue. Pour le Québec, qui compte une importante communauté haïtienne, l'appel à la contribution se fait d'autant plus insistant en raison des liens privilégiés et quasi familiaux tissés avec ce pays oublié dans la pauvreté à seulement trois heures d'avion.
Reconstruire cette ancienne colonie d'esclaves noirs qui a obtenu son indépendance très tôt, il y a plus de 200 ans, sans jamais pouvoir développer son plein potentiel ne sera pas une mince tâche. Surtout qu'on a laissé s'ériger en système le manque d'ambition et d'estime devant des dictateurs omnipotents, qui se sont succédé en pillant leur peuple et en empochant l'aide humanitaire. La communauté internationale entière, le Canada et les États-Unis en particulier, a une large part de responsabilité à l'égard d'Haïti. Entouré de grands états riches, il est inconcevable que ce petit pays patauge parmi les plus pauvres du globe, avec un taux d'analphabétisme ahurissant et un salaire moyen d'à peine 2 $ par jour.
Il faudra assurément plus que des dons monétaires pour espérer redresser la situation. Le défi en est un de générosité au sens large. C'est-à-dire accepter d'aider à long terme et sur une multitude de facettes. Cela signifie de mobiliser des ressources humaines capables d'instaurer de véritables et durables infrastructures en éducation, en santé et en économie. Contrairement aux nombreuses autres occasions de relever Haïti, il faudra aussi cette fois éviter d'implanter une industrie de la coopération envers laquelle le pays hôte demeure éternellement dépendant. Les travailleurs humanitaires devront agir en mentor dans le but de transmettre leurs connaissances pratiques aux acteurs locaux.
Aider vraiment un peuple démuni suppose également qu'on l'accueille chez soi à bras ouverts, afin de le soigner, le nourrir, le vêtir et lui fournir un toit. Les esprits mesquins et xénophobes se consoleront à l'idée qu'il est aussi dans l'ordre des choses de former les immigrants en détresse, pour ensuite accepter qu'ils retournent mettre à profit leurs connaissances auprès des leurs. Une communauté responsable et soucieuse de l'avenir d'Haïti a enfin l'obligation de contribuer à rétablir un cadre de vie sécuritaire et, surtout, des institutions démocratiques solides. À cet égard et plus que quiconque, la diaspora haïtienne, parfois engourdie par le confort découvert dans un pays d'accueil, a le devoir d'en partager les bienfaits avec ses compatriotes...
Place à la véritable générosité envers Haïti
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