En matière d'image, les conseillers juridiques ne cessent de le répéter, l'apparence de conflit d'intérêts s'avère aussi préjudiciable que le conflit d'intérêts en soi. Cette réalité vient du fait que, dans un cas comme dans l'autre, le soupçon engendre la suspicion. Dès lors, la machine à rumeurs s'emballe. Le bon jugement devient biaisé par le commérage ambiant et s'assombrit, sans que l'entreprise ou l'organisme concerné puisse défendre son intégrité. Le pire, c'est que toute tentative tardive de rectification ne fait souvent qu'amplifier les doutes. Voilà la situation intenable dans laquelle le gouvernement libéral du Québec s'enfonce dans le dossier chaud de la gestion de l'octroi des contrats pour les infrastructures publiques.
En s'entêtant à refuser ou reporter la tenue d'une enquête publique sur la collusion qui semble érigée en système dans certaines grandes municipalités de la région de Montréal, ainsi que dans certaines hautes sphères de l'industrie de la construction, le premier ministre Jean Charest ne fait qu'attiser la méfiance. Selon ses détracteurs, il s'oppose avec trop d'obstination à la nécessité d'aller au fond des choses et dissiper l'écran de fumée, pour qu'il n'y ait rien de louche à cacher. Les récents efforts pour resserrer les règles d'encadrement des appels d'offres aux ministères des Affaires municipales et des Transports n'y changent rien. Au contraire, cela peut s'apparenter à une diversion, dans l'espoir que la grogne s'estompe.
Toutefois, lorsque même les médias sympathiques et autrefois organes officiels du Parti libéral du Québec, comme Le Soleil et La Presse, joignent leur voix éditoriale au concert favorable à une enquête publique sur l'octroi des contrats gouvernementaux, il devient on ne peut plus difficile de se défiler. Ça l'est encore davantage quand s'ajoutent des regroupements d'intérêts crédibles et bien vus. C'est le cas notamment pour l'Association des procureurs de la Couronne ainsi que l'Association des policiers provinciaux, qui ont récemment appuyé l'utilité d'une telle audience. Voilà qui enlève beaucoup de crédibilité à l'affirmation du ministre de la Justice, Jacques Dupuis, voulant que les enquêtes policières en cours suffiront à démasquer les fautifs, à condition qu'elles ne soient pas perturbées. Plusieurs doutent que l'identification de quelques boucs émissaires malchanceux permette de faire la lumière sur une industrie de la construction gangrenée par la corruption. Surtout que ce sont les rouages du système qu'il faut déterminer pour l'enrayer.
Finalement, quand le seul allié qui reste au PLQ n'est autre que la FTQ-Construction, on sent que l'affinité avec les appuis se fait moins naturelle. Le parti politique reconnu pour sa proximité au monde des affaires a peu d'atomes crochus avec la centrale syndicale plutôt jalouse des droits de travailleurs. Le tandem se veut d'autant plus boiteux, alors que l'union a été récemment pointée du doigt pour des liens avec de présumés membres de la pègre. On peut comprendre que la principale crainte du premier ministre Charest soit de voir une éventuelle commission établir des rapprochements avec certains donateurs du parti et relever des comportements répréhensibles lors de l'octroi d'importants contrats de l'État. Reste que le spectre d'une descente aux enfers similaire à celle vécue par le grand frère fédéral, à la suite de la Commission Gomery, ne peut servir d'excuse. Le fonctionnement de l'industrie de la construction présente trop d'irrégularités dans l'exécution des grands travaux pour ne pas y remettre les pendules à l'heure…
Comme si le gouvernement Charest avait des choses à cacher
- Nombre de fois lu : 5095
- Coter
- Haut de page
