L’isolant en fibres de bois, une filière d'avenir au Québec

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Répandus en Europe, les isolants issus des copeaux de scierie ont toute leur place dans la province. Des produits sont à l’étude, et une usine pourrait ouvrir au Québec dans un ou deux ans. Rencontre avec les protagonistes de cette future filière.

Et si le Québec utilisait les copeaux de ses scieries pour fabriquer de l'isolant en fibres de bois? Couramment utilisé en Europe comme une alternative naturelle à la laine de verre et de roche, la fibre de bois est un isolant phonique et thermique efficace. Pour l’heure, ce produit est importé d’Europe. Son absence au Québec est une aberration. C’est également l’avis de Louis Poliquin, le directeur de Cecobois, un organisme para-gouvernemental qui soutient la construction commerciale en bois. Il revient d’un voyage qui renforce sa conviction.

«En France et en Allemagne, les maisons solaires passives sont de plus en plus souvent isolées avec de la laine de bois et des panneaux de fibres de bois. C’est bien la preuve que ces isolants, en plus d’être écologiques, sont très efficaces!»

Conception

Les panneaux en fibres de bois, des isolants flexibles ou rigides, sont fabriqués à partir de copeaux de bois ou de bois rond extrait de la forêt. Le panneau en fibres de bois peut remplacer la laine de verre, la laine de roche, le polyuréthane et le polystyrène. Jacquelin Goyette, ingénieur du groupe INFOR Inc, liste ainsi leurs multiples qualités.

«Ce sont, précise-t-il, des fibres naturelles renouvelables et écologiques ; leur texture est douce et non-irritante pour la peau ; ils ont une bonne résistance à la compression ; ce sont de très bons isolants contre le froid en hiver et la chaleur en été ; ils ont une excellente performance insonorisante et une excellente diffusion de la vapeur (humidité).» On les distingue des isolants de cellulose, fabriqués à partir de papier journal et disponibles en vrac, et des panneaux isolants extérieurs, minces, existant déjà au Québec, recouverts de goudron et d’aluminium.

Les industriels québécois pourraient également développer une « mousse de bois » et un isolant fibres de bois en vrac (voir encadrés). Aussi, les matelas ou nattes en laine de bois sont fabriqués à partir de sciures séchées. Le procédé est plus complexe et moins susceptible de se développer au Québec.

Efficace, avec une faible énergie grise, intéressant économiquement : on ne compte plus les avantages de l’isolant bois ! Mais la concurrence des isolants pétrochimiques restera vive… Une étude réalisée par l’ingénieur québécois Michel Bouchard montre le potentiel de la fibre de bois comme isolant. Les «panneaux de bois mou» ont en effet une conductivité thermique encore plus faible que celle de la cellulose, ou équivalente à la laine de verre.

Louis Poliquin énumère toutes les raisons pour lesquelles le développement de cette filière s’impose. «Voici un produit qui serait éminemment local, dont la fabrication ne nuirait pas à l’environnement, recyclable, ce qui tombe à pic puisqu’on va bientôt bannir l’enfouissement des déchets de chantier. Voici un produit très efficace au plan éco-énergétique, qui satisfait aux exigences du nouveau Code de construction. Sa fabrication pourrait relancer certaines usines et générer des emplois. Qu’est-ce qu’on attend ? Le gouvernement doit promouvoir cette avenue, et les industriels doivent s’y mettre!»

Gilles Brunette, directeur des programmes de recherche sur les biomatériaux du bois à FP Innovations, est plus prudent. «Le nouveau Code demande plus d’efficacité énergétique, ce qui pousse les gens à se tourner vers des isolants hyper efficaces comme le polyuréthane et le polystyrène. La fibre de bois est plus saine et plus écologique, mais plus chère, notamment parce que la quantité de matériau requise pour obtenir le même niveau d’isolation est plus importante. Si ces isolants ne sont pas subventionnés comme c’est le cas en Europe, le développement de la filière risque d’être lent. Je crois surtout à la combinaison des matériaux : les gens vont de plus en plus avoir recours à plusieurs types d’isolants pour augmenter l’efficacité énergétique. La fibre de bois pourrait alors trouver sa place».

Mousse de bois à l'étude

FP Innovations travaille sur un produit isolant expérimental dont les qualités se rapprochent du polystyrène, et qui serait moins dispendieux que l’isolant en fibres de bois «classique» répandu en Europe. Ses composantes? 95% de pâte de bois et 5% d’un matériau mystère. «Pas issu de la pétrochimie», indique Gilles Brunette. À suivre.

Jacquelin Goyette vient de réaliser trois études de faisabilité pour une entreprise de l’Outaouais qui envisage de construire une usine de fabrication de panneaux isolants en fibres de bois. Il croit que l’isolant est compétitif. «Le panneau de fibre de bois flexible, donc de basse densité, serait plus dispendieux que l'isolant de laine de verre mais comparable à celui de la laine de roche. Quant au panneau de fibre de bois rigide, donc de haute densité, le prix serait égal ou moins élevé que celui des produits compétiteurs… Le marché pour ce produit croît de 20 à 25% par année depuis 6-7 ans en Europe ! Il pourrait également se développer en Amérique du Nord, différentes clientèles ayant déjà manifesté leur grand intérêt, dont les fabricants de maisons préfabriquées.»

Les isolants en fibre de bois constitueraient un nouveau débouché pour les scieries québécoises qui ne savent plus quoi faire de leurs copeaux. «Avec la régression des usines de pâte à papier, la fibre apparaît comme une excellente façon d'utiliser les copeaux de bois produits par les usines de scieries», explique le consultant Jean-Guy Boulet (firme Mallet), qui tente de convaincre les industriels du bois de la faisabilité. «Le développement des constructions LEED pourrait aussi susciter la demande de nouveaux matériaux écologiques», poursuit-il.

Et la cellulose, l’isolant chéri d’Écohabitation? «Les performances sont proches, mais il semble que les fabricants peinent de plus en plus à trouver leur matière première, le papier journal, que les Asiatiques, entre autres, achètent à meilleur prix. On peut au contraire s’attendre à un surplus de production de copeaux au Québec», commente Jacquelin Goyette.

Qu’est-ce qu’on attend pour que cette filière se développe au Québec? Gilles Brunette travaille sur la faisabilité économique et technique de ce futur secteur. Son diagnostic : «cinq à six projets sont à l’étude actuellement au Québec. Il y aura sans doute une première petite usine de fabrication d’ici un à deux ans. Cela sera d’autant plus rentable que l’infrastructure est déjà en place - une ancienne usine de papier par exemple – et que les copeaux sont à proximité.»

Sarah Landry, qui dirige le Créneau Écoconstruction au Bas-Saint-Laurent (un regroupement d’industriels et d’entrepreneurs qui développent l’éco-construction), pense aussi que le développement sera long. «Le produit est fort et le potentiel évident, et les industriels du Bas du fleuve s’y intéressent. Mais sa compétitivité reste à prouver. Il semblerait que cela nécessite des murs plus épais, et une conception particulière de la maison. Je dirais que le produit va trouver sa place d’ici trois ou quatre ans, mais que sa généralisation va prendre une bonne quinzaine d’années.»

Isolant de fibres de bois en vrac à l'étude

Un isolant à souffler dans les murs et les toits, issus des copeaux des scieries : voici le projet alléchant développé par le Serex (Amqui), Service de recherche et d’expertise en transformation de produits forestiers, affilié au Cégep de Rimouski. Son directeur général par intérim, Patrick Dallain, commente. «Avec le Créneau Écoconstruction, nous en sommes à rechercher des financements pour mettre le produit au point, en partenariat avec des industriels du Bas-Saint-Laurent. Ce produit ne se tasse pas ; il est moins sujet aux poussières et plus régulateur d’humidité que l’isolant en cellulose.» À suivre.

Jacquelin Goyette pense qu’une usine pourrait se construire dans les prochaines années. Ce que Louis Poliquin appelle de ses vœux. «Il nous faut une usine pilote, qui donne une impulsion. Mais les acteurs qui doivent déclencher ce processus sont gouvernementaux. Les agences de développement industriel doivent être en première ligne. Et la règlementation doit être plus exigeante sur la qualité des matériaux, pour que le recours aux isolants issus du pétrole (en plus, ils sont de moins en moins fabriqués ici) baisse.»

Du côté d’Écohabitation, nous pensons évidemment que cette filière est pleine d’avenir, et nous avons commencé à sensibiliser des industriels du bois lors de nos formations destinées aux professionnels. Emmanuel Cosgrove, directeur de l’organisme, croit «surtout à la pertinence des panneaux rigides, plus qu’à la laine de bois. Ils conviennent idéalement au nouveau code de construction, qui comprend la nécessité de supprimer les ponts thermiques. Ils remplaceraient les panneaux de polystyrène, qui sont peut-être assemblés au Québec mais est issu de la pétrochimie. Là, nous aurions des produits 100% québécois, sur toute la ligne, et hyper efficaces, valables pour toutes sortes d’applications. Le rêve!»

Pour plus d'information : www.ecohabitation.com

(Source : Écohabitation)

Organisations: Groupe INFOR, Jean-Guy Boulet, Mallet Serex Service

Lieux géographiques: Québec, Europe, France Allemagne Amérique du Nord Amqui

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