Toutefois, bien que l'origine du concept remonte à la fin des années 1980, il demeure encore relativement peu connu. Sans doute que le récent intérêt qu'il suscite amène la nécessité de mieux le définir pour en saisir toute la nuance. C'est ce que suggère Josée Dion, urbaniste et conseillère principale en recherche et diffusion de l'information à la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), dans l'entretien qui suit.
Question : Comment définir le concept d'écoquartier?«Un écoquartier est avant tout un milieu de vie accès sur les principes de développement durable. C'est donc un investissement résidentiel durable et abordable, qui répond aux besoins actuels et futurs des membres de notre famille actuelle et future. Cette nouvelle façon d'habiter prend en compte la vie tant à l’intérieur et qu'à l'extérieur du bâtiment. Elle est en lien avec l’existant et non refermé sur lui-même. Ce type de quartier prête attention aux enjeux mondiaux et sociétaux : réchauffement climatique (îlots chaleur, gaz effet de serre), diminution et conservation des ressources. Un écoquartier se veut aussi un quartier durable, établi selon le respect de trois composantes majeures : environnementales, économiques et socioculturelles.»
Question : Quels éléments environnementaux entrent en ligne de compte?«L'attention doit avoir une portée plus large que les quatre murs du bâtiment. Ainsi, un écoquartier intégrera la conservation et la mise en valeur des attraits biophysiques (ruisseaux, milieux humides, faune, flore, des paysages), parcs et espaces verts à proximité. Il s'attardera également à la conservation de l’eau, par la gestion écologique des eaux de ruissellement via pentes naturelles et ruisseaux. Cela suppose la conservation des fonctions premières des effluents et l'économie de la ressource, en passant par l'absorption des pluies sur des toits végétalisés et la réutilisation des eaux grises pour l'arrosage des plates-bandes. On vise aussi l'optimisation de la performance énergétique par le design de rue et des lots. Cela favorise une meilleure efficacité des déplacements véhiculaires et une diminution des gaz effet de serre. Par ailleurs, une orientation sud-est du bâtiment maximisera le recours au solaire passif et aux stratégies innovatrices telles les énergies renouvelables via le solaire actif (panneaux photovoltaïques, géothermie, éolienne, etc.). Autre effort à considérer : réduire les surfaces asphaltées qui contribuent aux îlots de chaleur, en les remplaçant par des plantations et de la verdure. Enfin, il faut cibler la réduction des déchets par la réutilisation ou le recyclage de matériaux, de même qu'obtenir une plus grande efficacité dans leur emploi.»
Question : Quels sont les aspects socioculturels à considérer?«D'abord, l'écoquartier verra à réserver des places publiques. Il s'agit de lieux de socialisation favorisant la rencontre et l'entraide. Dans une société où l'espérance de vie est prolongée et le nombre de personnes par ménage diminue, cela évite la solitude. Prévoir des parcs et jardins communautaires favorise la participation à la vie civique et aux événements sociaux. Il importe aussi qu'il existe une perméabilité entre les quartiers voisins. Cette interrelation procure davantage de sécurité, en plus d'améliorer l'offre et l'accès aux services ou loisirs (transport actif, pistes cyclables, commerces de proximité). L'éclairage et le mobilier urbain ont leur importance pour faciliter le déplacement d’un quartier à un autre. Le futur résident tirera grand avantage de la présence d'équipements publics (écoles, bibliothèque, gymnases pour la pratique des sports). Autant d'atouts pour la qualité de vie, la santé et le sentiment d'appartenance à son quartier. Ces bâtiments publics doivent eux-mêmes agir comme des phares en matière de développement durable. Utilisation efficace des ressources et des énergies (thermostats programmables, performance de l’enveloppe du bâtiment, des fenêtres) toits verts, recyclage des matériaux, système collectif de récupération des eaux grises, place aux énergies renouvelables et à la ventilation naturelle, ainsi que conservation des paysages comptent au nombre des interventions qui donnent le ton pour bâtir vert. Par la même occasion, il y a lieu de prévoir des structures d’accueil des immigrants et nouveaux résidents, de même que l'adaptation des bâtiments aux étapes de la vie d'un ménage pour contribuer au maintien dans la communauté.»
Question : Qu'en est-il du volet économique des écoquartiers?«Le choix d'une habitation demeure très émotif. Souvent il résulte d'un coup de cœur. C'est pourquoi il faut garder la tête froide et voir l'investissement à long terme. Comment le quartier évoluera-t-il? Les infrastructures seront-elles coûteuses à entretenir? Les services seront-ils toujours aussi accessibles? Un développement résidentiel respectant des critères de densité et de mixité favorise toujours une meilleure rentabilité quant aux coûts à défrayer pour offrir des services à la communauté. Ainsi, plus on a une variété de bâtiments, pas uniquement des maisons détachées sur de vastes terrains, mieux le tissu social se porte tout comme l'économie locale. L'équation est simple : plus il y a d'habitants sur un territoire donné, moins c'est dispendieux à desservir et moins on a besoin de se déplacer sur de longues distances. On gagne sur tous les plans… et surtout en qualité de vie.»
Question : Y a-t-il des exemples d'écoquartiers à ce jour?«De tels milieux de vie existent déjà à plusieurs endroits au Québec et au Canada. Pour qu'ils se multiplient et que les promoteurs s'y attardent massivement, il faut que les acheteurs s'intéressent et encouragent la mise en place de solutions durables en habitation. Des choix sont à faire et la responsabilité est de nature collective. La demande des consommateurs conditionne l’action. On en a la preuve dans la région de Québec, alors que trois projets d'écoquartiers sont en planification. Déjà, la mise en chantier de la Cité Verte est amorcée sur un ancien terrain d'une communauté religieuse dans le quartier Saint-Sacrement. Pour sa part, la Ville de Québec est à orchestrer la revitalisation des secteurs de la Pointe-aux-Lièvres et D’Estimauville pour en faire des quartiers durables. Au total, plus de 4 000 unités de logement vertes s'ajouteront au fil des prochaines années dans la trame urbaine.»
Pour plus d'information : www.cmhc-schl.gc.ca
