On s'emballe de plus en plus pour les ballots



On s'emballe de plus en plus pour les ballots

On s'emballe de plus en plus pour les ballots

Publié le 11 Février 2007
Publié le 3 Mai 2010
 

L'usage de la paille - généralement en ballots - pour isoler les bâtiments fait boule de neige. Cette tendance ne se propage pas encore comme un feu de brousse, mais ce n'est pas un feu de paille non plus! Un sujet qui ne laisse personne froid et qui déclenche parfois les débats des plus chauds.

Sujets :
Société canadienne d'hypothèques et de logement , Groupe d'intervention québécois , Société d'habitation du Québec , Canada , États-Unis , France

«Je sais qu'au Canada ces maisons se comptent par centaines, peut-être au-delà de mille en considérant les bâtiments accessoires qui ont servi d'essais. Ce n'est plus nouveau et on ne s'en inquiète pas parce qu'elles tiennent debout», explique le chercheur Don Fugler, de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), organisme pour lequel il a coordonné bon nombre d'études et publications sur les maisons de paille.

La bonne nouvelle, c'est que de plus en plus de consommateurs, de professionnels et d'organismes s'y intéressent. «Depuis trois ans, ça bouge beaucoup. Cette année, j'ai du mal à fournir à la demande», relate le pionnier québécois de cette technique, le designer Michel Bergeron. Ce designer montréalais a conçu plus d'une cinquantaine de maisons isolées aux ballots de paille depuis 1984. Aux États-Unis, il est reconnu comme une référence, notamment pour le livre qu'il a cosigné sur le sujet en 2000 «Serious Straw Bale». Et, en 2005, il a contribué au projet de maison en matériaux recyclés dans le cadre de l'émission télé culte «Les artisans du rebut global».

Deux fois l'an, Michel Bergeron forme 35 étudiants. «C'est le maximum parce que sinon je n'arrive pas à répondre aux questions des gens.» Il y a une quinzaine d'années, il cofondait le groupe d'intervention québécois en habitat écologique Archibio. L'organisme est financé en partie par la Société d'habitation du Québec depuis deux ans. «Nous organiserons des chantiers-école d'une ou deux semaines dès 2007, confirme le directeur d'Archibio, Pascal Morel. Les autoconstructeurs et les professionnels ont besoin de formation à la fois théorique et pratique pour garantir qu'ils comprennent bien la technique.» Archibio collabore aussi avec l'écovillage TerraVie et une municipalité avant-gardiste pour concevoir des lotissements écologiques.

Intérêt mondial

Dans le monde, cette niche prend aussi son envol, comme en témoigne la création récente de réseaux de construction en paille notamment en France et en Espagne. Un nombre croissant d'États américains comme la Californie et le Nevada ont même incorporé cette technique dans leur Code de construction. Michel Bergeron explique qu'au Canada, la maison de paille respecte l'article 2,5 du Code national du bâtiment. Celui-ci exige que les matériaux et méthodes non homologués satisfassent les exigences du Code, par exemple en matière d'isolation, de résistance structurelle et de feu.

Cette technique est si populaire que les colloques ne cessent de se succéder en Amérique du Nord, dont un tenu en septembre dernier à Lakefield, en Ontario. «Une des choses qui m'a fortement impressionné durant cette conférence, relate Michel Bergeron, fut la présence de personnes expérimentées en construction avec ballots de paille. Ils font partie de missions dans les pays dévastés par des catastrophes, soit naturelles ou de guerre, par exemple le Pakistan ou l'Afghanistan, ou encore dans des pays en émergence, comme la Chine. Ils forment les gens sur place pour construire des maisons de paille avec des budgets dérisoires. Il y a toutes sortes d'expériences de ce genre, toutes plus fascinantes les unes que les autres et ça marche!»

Mais comme la pose des ballots et du crépi prend beaucoup de temps, les spécialistes du métier évitent de dire que ces maisons coûtent moins cher. Avec une ossature 2 x 4", on parle plutôt de prix compétitif pour une meilleure qualité d'enveloppe du bâtiment. Si la structure est en gros bois d'œuvre, la maison sera nécessairement plus chère.

Supervision professionnelle

Tout comme Michel Bergeron, l'architecte Isabelle Gauthier, qui a déjà conçu une vingtaine de demeures isolées à la paille, affirme que la clientèle évolue. «Ce n'est plus seulement pour l'autoconstructeur à petit budget qui fait presque tout de A à Z. Il y a de plus en plus des gens qui auraient pu acheter une maison standard mais qui ont entendu parler des avantages de la paille.»

Le problème actuel, c'est l'absence quasi totale de professionnels qualifiés pour concevoir et construire ces maisons. «Depuis deux ans, les commandes écologiques sont passées de 50 à 75 % de ma pratique. J'ai trop de boulot et je ne veux pas prendre de l'expansion, explique cette architecte qui travaille et élève ses enfants dans une maison de paille dans les Cantons de l'Est. Mais les gens arrivent souvent avec des plans non conformes qui doivent être refaits... On m'a même demandé d'apposer mon sceau d'architecte, exigé par un assureur, ce qui est impossible.» (La loi exige que les plans soient produits dans le bureau du professionnel qui les signe.)

Michel Bergeron a remarqué que certaines municipalités commencent à exiger des plans signés par un membre d'un ordre professionnel reconnu, soit l'Ordre des architectes, des ingénieurs ou des technologues. Bergeron a étudié trois ans en architecture et est bachelier en design. Il n'est pas membre d'une des corporations professionnelles mentionnées ci-haut et qui exigent que leurs membres souscrivent à une assurance responsabilité. «C'est moi qui forme les professionnels, ironise-t-il. Mais le gouvernement me dit que je ne suis pas qualifié! On me dirige vers la retraite!»

Néanmoins, Michel Bergeron se réjouit du fait que des entrepreneurs généraux s'initient à la paille. «Je bâtis ma sixième maison depuis quatre ans», relate fièrement François Bastien qui dirige Frabien Construction, de Martinville dans les Cantons de l'Est. Celui-ci agit en tant que gestionnaire de chantier pour ses clients. Son dernier projet: un manoir (photo) de quelque 5 000 pieds carrés conçu par Michel Bergeron. Cet ancien conseiller municipal affirme jouir d'une excellente collaboration des inspecteurs municipaux. «L'environnement a pris beaucoup de place au niveau municipal. En général, les gens sont ouverts.»

Il n'aurait pas tort de remercier la SCHL et Michel Bergeron pour cette belle ouverture...

Autres sources d'information:

1) www.chelseagreen.com/2000/items/seriousstrawbale

2) www.archibio.qc.ca

3) www.thelaststraw.org/resources/rg06/code.html

4) www.strawbalebuilding.ca * (Collaboration spéciale, André Fauteux, éditeur du magazine écologique La Maison du 21e siècle)

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