Qu'on soit promoteur immobilier, élu municipal, amant de la nature ou simple citoyen, force est d'admettre que le développement résidentiel dans une zone sensible comme le bassin versant d'un important plan d'eau ne peut se faire n'importe comment. Encore moins lorsqu'il s'agit de la principale prise d'eau potable de la région de Québec, comme c'est le cas pour la partie d'un boisé de Saint-Émile qui fait tant jaser depuis le début de l'année 2010. Preuve que l'administration municipale sent une réelle responsabilité quant à l'intervention humaine dans ce secteur, elle a même annulé récemment la présentation d'une nouvelle version de son plan d'aménagement urbain. L'endroit se veut trop névralgique et vulnérable pour laisser place à l'improvisation et à la précipitation.
Dans le cas du boisé de Saint-Émile, on est loin du scénario habituel d'opposition entre des résidants égoïstes et un promoteur entêté. Certes, encore une fois, certains oublient que s'ils jouissent d'un bel environnement au cœur de la nature, c'est qu'un développeur a rasé une partie de ce petit paradis pour leur permettre de s'y installer. Tandis que le propriétaire a tendance à oublier qu'il ne peut tout se permettre sur un terrain vacant. Reste que la situation actuelle commande une vigilance particulière. On se trouve à quelques kilomètres en amont de la prise d'eau du lac Saint-Charles. Il ne peut s'agir d'un cas classique de développement résidentiel, pour lequel la Ville de Québec se fait souvent prendre de court par un promoteur empressé de démarrer son projet dans des délais qui lui sont favorables pour la vente.
Si l'administration Labeaume a eu le bon réflexe cette fois-ci, il faut reconnaître qu'elle a été aidée à réviser une décision qu'elle était sur le point de rendre publique. Souvent taxé de s'émouvoir inutilement pour le sort de quelques arpents de flore et de faune, c'est à un groupe écologiste qu'on doit d'avoir attaché le grelot en premier dans ce dossier. En effet, comme l'a noté le collègue Luc Fournier, si ce n’avait été de l’intervention de l’Association pour la protection de l’environnement du lac Saint-Charles et des Marais du Nord (APEL), la modification du périmètre d’urbanisation pour inclure le versant nord de la montagne Irma-Levasseur, à Saint-Émile, aurait couler de source. Toutefois, dès décembre, l’organisme a soulevé un doute raisonnable auprès de la Ville de Québec, pour forcer cette dernière à revoir le dossier sous la lumière de nouvelles études.
Un autre aspect contribue assurément à la nécessité d'une meilleure réflexion et d'une plus grande planification dans ce dossier. C'est que les discours politiques doivent se compléter et s'intégrer dans une vision globale. Or, le maire Labeaume se targue de vouloir faire de Québec une ville verte et aquaresponsable, axée sur la saine gestion des ressources sur son territoire. C'est d'ailleurs dans cette optique que la Ville a publié son Plan vert, bleu et blanc l'an dernier. Autant de bonnes et louables intentions ne peuvent être conciliées avec une décision précipitée pavant la voie à la construction dans le bassin versant de sa prise d'eau potable. Surtout pas lorsqu'on y retrouve déjà plusieurs milliers de résidents, une dizaine de terrains de golf et même des industries. Encore moins lorsqu'on se définit comme un modèle de développement urbain basé sur les écoquartiers et qu'on souhaite être l'hôte d'un forum mondial en 2016 ayant pour thème «la culture de l'eau»…
Développer intelligemment dans le bassin versant
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