Pourtant, pour que des gens aient pu s'installer en un lieu et y ériger leurs résidences, il a bien fallu que des prédécesseurs les acceptent et les accueillent. Pourquoi cette générosité devrait-elle cesser pour préserver la quiétude de quelques privilégiés? Cela ressemble aux immigrants qui, une fois intégrés à leur nouvelle communauté, deviennent les plus farouches opposants à de nouveaux arrivants. Dans le cas qui nous intéresse, la Ville de Lévis renonce à la tenue de référendums sur les modifications au zonage et abandonne le projet dans sa forme actuelle.
Les résidents du secteur qui crient victoire devraient tempérer leurs ardeurs, car la mise sur la glace de ce vaste projet de développement urbain va avoir des répercussions sur l'amélioration de plusieurs services dans leur patelin. De fait, le projet Roc Pointe avait été bonifié à la suite de récriminations entendues lors de consultations préliminaires. Certes, on n'ouvre pas des rues et on n'ajoute pas 1 300 logements sur un territoire boisé de 100 hectares sans créer des désagréments, augmenter les déplacements et sacrifier quelques arbres. Toutefois, l'absence de cette activité accrue, dans un secteur déjà urbanisé à proximité des ponts, aura aussi des impacts indésirables.
Ainsi, il n'y aura finalement pas d'édifices de condos ou de logements multiples érigés sur une portion de ce vaste terrain. Mais, il n'y aura pas non plus de commerces, d'école, de garderie et de grand parc de 10 000 mètres carrés, qui devaient bonifier l'offre de services de proximité. À moyen terme, la masse critique de nouveaux résidents aurait même entraîné l'amélioration des services de transport en commun. Bref, on aurait pu voir mis en place les fondements d'un développement résidentiel moderne, à la fois bénéfique pour les occupants du milieu et adapté aux réalités contemporaines de densification du territoire pour offrir des services publics à moindres coûts et de lutte à l'étalement urbain vers les terres agricoles dont n'est pas exempte la périphérie immédiate de Lévis.
Non, on tire un grand trait sur l'évolution de nos banlieues nord-américaines égoïstes et étalées, toutes caractérisées par leur alignement de bungalows et de cottages impersonnels plantés sur un vaste terrain asphalté et gazonné avec une immense cuve bleue de plusieurs milliers de litres d'eau dans la cour qui ne sert que cinq fois par été. S'il y a quelque verdure et un cours d'eau qu'on pollue allègrement à proximité, alors on appelle cela «la campagne en ville». Sur le territoire ciblé par Roc Pointe, c'est le retour à la case départ. Le refus du progrès l'a emporté en consultation populaire. Des gens qui ne connaissent rien aux impératifs du développement urbain du XXIe siècle ont réussi à convaincre suffisamment de voisins pour imposer leur vision passéiste. La Ville de Lévis doit se résoudre à reconduire pour les 20 prochaines années le règlement de zonage qui date de 1991. La démocratie a parlé, même si parfois elle n'a aucune vision d'avenir…

Merci pour votre invitation M. Martin, il me ferait plaisir d'échanger avec votre groupe. Contactez-moi chez AX6 Au plaisir