Abordabilité et diversité
Intervenant dans le cadre de l’atelier «Toute l’industrie en parle… prise 3», l’économiste-conseil Pierre Bélanger a notamment souligné que si les perspectives démographiques annoncent certes une diminution de la demande primaire pour la construction neuve – diminution évalluée à 37 000 unités pour la période 2011-2015 et à 21 000 unités pour la période 2026-2031 − cette demande ne sera jamais homogène.
«Il faut veiller à ce que la diversité de l’offre future de logements corresponde aux besoins de demain et faire en sorte que les acteurs du milieu de la construction résidentielle soient en mesure d’y répondre», a-t-il mentionné, indiquant en outre que la diversité doit s’exprimer tant dans la localisation que dans les types d’habitations offerts.
M. Bélanger a également traité de l’abordabilité et de l’accessibilité de l’habitation. Il affirme que «l’abordabilité doit être un point focal des interventions du gouvernement, particulièrement au niveau provincial, et que l’accession à la propriété doit demeurer un objectif de société prioritaire à l’intérieur d’une future politique d’intervention dans le domaine de l’habitation.»
Quant à l’évolution du secteur de la rénovation, l’économiste-conseil y voit une tendance lourde. Il estime que l’importance relative de ce secteur pourrait doubler au cours des deux prochaines décennies.
Cadre propice au développement
François Des Rosiers, professeur à l’Université Laval à Québec et éminent chercheur dans le domaine de l’habitation, a pour sa part fait le bilan des progrès réalisés par le Québec en matière de taux de propriété, soulignant néanmoins l’écart qui nous sépare toujours de la moyenne canadienne (i.e. près de 8 %). «Le marché québécois d’accession à la propriété présente un excellent potentiel», a-t-il indiqué, rappelant, de plus, l’importance capitale des politiques fédérales qui contribuent à soutenir l’accession à la propriété, notamment par le biais de l’assurance prêt hypothécaire et de la politique monétaire.
À propos du logement social et abordable, le chercheur a fait mention de l’enjeu que représente le désengagement du gouvernement fédéral alors que l’état du parc de logements sociaux laisse à désirer. «L’entretien et la mise à niveau du parc social actuel représentent un défi de taille et il y a lieu d’intervenir de manière responsable en ce domaine», précise-t-il.
Quant au logement locatif, il souligne que les améliorations doivent passer par une révision des règles de la Régie du logement du Québec. Car, les politiques en place découragent l’investissement locatif privé et risquent d’entraîner une détérioration du parc de logement.
«Il ne faudrait pas faire avec les infrastructures résidentielles privées ce qui a été fait avec les infrastructures publiques, soit de les négliger pour ensuite procéder à un vaste rattrapage à grands frais, renchérit François Bernier, directeur du Service économique et affaires publiques de l’APCHQ. Les consommateurs n’ont pas les moyens du gouvernement pour se sortir d’un tel déficit d’investissement.»
Politiques locales cohérentes
Pour l’APCHQ, il est clair que le redéveloppement doit bénéficier d’un soutien financier accru de l’État, notamment dans les milieux urbains plus denses − qui nécessitent des investissements importants − d’autant qu’ils sont au cœur du modèle de développement souhaité par le gouvernement. «Il faut faire des choix cohérents en matière de programmes de financement des infrastructures locales», souligne également François Bernier.
Par ailleurs, la disponibilité de terrains pouvant être dédiés au développement demeure l’une des lois capitales du développement résidentiel et même s’ils sont de moins en moins nombreux, notamment dans la région métropolitaine de Montréal, il faut en assurer une gestion efficace avec la collaboration des autorités locales. «La pénurie appréhendée de terrains disponibles pour le développement résidentiel est une source de spéculation et un facteur qui dégrade rapidement l’abordabilité», ajoute-t-il. Enfin, il faut s’assurer d’un mode efficace de consultation des citoyens et d’une fiscalité locale qui ne soit pas biaisée de manière à imposer aux acheteurs de maisons neuves un fardeau injustifiable.
Interlocuteur unique
Tous les intervenants à l’atelier Toute l’industrie en parle… prise 3 ont souligné l’absence d’une politique d’habitation couvrant de manière cohérente un ensemble de dimensions, mais ils ont aussi noté l’absence d’un interlocuteur gouvernemental. «Le rôle de l’État en habitation n’est pas uniquement social, insiste François Bernier. Il faut pouvoir valider et coordonner les actions du gouvernement dans une perspective globale, ce qui implique de confier cette fonction à un interlocuteur unique, tel un ministère. Pour l’instant, les interventions gouvernementales s’effectuent en silos, ce qui ne peut que mener à de l’incohérence et à de l’insatisfaction.»
L’APCHQ a récemment rendu public un document de réflexion intitulé «Abordabilité et diversité : Objectifs et défis d’une politique d’habitation pour le Québec». Dans le cadre de son 51e congrès, elle rend également disponibles des études complémentaires qui ont pour objet de dresser un état de la situation du logement au Québec. L’APCHQ souhaite que ces études, et d’autres à venir, servent de référence à des échanges avec tous les intervenants du domaine de l’habitation dont, au premier chef, le gouvernement du Québec.
(Source : APCHQ)